4'33''
Le maestro arrive, sous les applaudissements. Il monte à son pupitre, ouvre son livret, esquisse un mouvement de baguette, et… se fige. Devant lui, aucun des musiciens de l’orchestre n’a fait mine d’empoigner son instrument. Grève musicale ? Catalepsie générale ? Déchirure temporo-spatiale ? Non, simplement, en ce soir de janvier 2004, le programme de l’orchestre de la BBC comporte une pièce silencieuse ! Intitulée 4’33’’, la partition de l’américain John Cage (1912-1992) prévoit effectivement qu’aucune note ne doit être jouée pendant les quatre minutes et demie de sa durée.
En 1951, notre compositeur d’avant-garde visite une chambre « anéchoïque » – une pièce, utilisée à des fins scientifiques, dont les murs et le plafond absorbent les ondes sonores. Alors qu’il pense ne rien entendre du tout, Cage s’aperçoit qu’il perçoit tout de même quelques sons, produits par son propre système nerveux et le sang battant dans ses veines. De ce constat naît, l’année suivante, 4’33’’. Une œuvre constituée, en fait, de l’environnement sonore et des réactions du public. Car, comme l’écrit l’universitaire Michel Remy dans la revue Cycnos, « 4’33’’ n’est pas du silence, ce n’est pas le silence, mais l’ouverture de conditions parfaites pour que puisse intervenir l’Autre ».
En regardant la vidéo de la BBC, on guette donc les bruits de toux, de feuilles froissées, de chaises déplacées, engendrés par les spectateurs de la performance. En oubliant parfois, puisque Cage jouait sur la perception du son, que celui produit de notre côté de l’écran est aussi partie prenante d’une œuvre définitivement unique.
Cet article de Thomas Bécard est repris du site de Télérama
Action contre le changement climatique
Le 1er février 2007, dans toute la France, participez à la plus grande mobilisation des citoyens contre le Changement Climatique !
L'Alliance pour la Planète (groupement national d'associations environnementales) lance un appel simple à tous les citoyens, 5 minutes de répit pour la planète :
Tout le monde éteint ses veilles et lumières le 1er février 2007 entre 19h55 et 20h00.
Il ne s'agit pas d'économiser 5 minutes d'électricité uniquement ce jour-là, mais d'attirer l'attention des citoyens, des médias et des décideurs sur le gaspillage d'énergie et l'urgence de passer à l'action ! 5 minutes de répit pour la planète : ça ne prend pas longtemps, ça ne coûte rien, et ça montrera aux candidats à la Présidentielle que le changement climatique est un sujet qui doit peser dans le débat politique. Pourquoi le 1er février ? Ce jour là sortira, à Paris, le nouveau rapport du groupe d'experts climatiques des Nations Unies. Cet événement aura lieu en France : il ne faut pas laisser passer cette occasion de braquer les projecteurs sur l'urgence de la situation climatique mondiale. Si nous y participons tous, cette action aura un réel poids médiatique et politique, moins de trois mois avant l'élection présidentielle! Faites circuler au maximum cet appel autour de vous et dans tous vos réseaux ! Faites-le aussi apparaître sur votre site Internet et dans vos news letters.
Je ne sais jamais trop quoi penser de ce type d'actions (les bougies sur la fenêtre pour la paix, le petit ruban pour montrer sa solidarité envers les malades du sida, etc, etc).
Sur le site de John Paul Lepers, d'où j'ai repris l'info sur cette initiative, un internaute a eu la réaction suivante, avec laquelle je suis assez d'accord :
C'est bien. Très très bien. Et on fait quoi pendant 5 minutes dans le noir ? 5 minutes, juste de quoi envisager des préliminaires avec sa partenaire. Bon il y aura peut être 1000 glandus qui vont couper l'électricité chez eux. Et après. On rallume tout et on se sera donné bonne conscience pendant 5 minutes. Tout ça me semble un peu démago. J'ai pas d'idées LUMINEUSES sur le sujet. Alors ce 1er février, je ne couperai pas l'électricité, mais je continuerai à couper l'eau en me brossant les ratiches, j'éteindrai ma télé et mon ordi et je baisserai le chauffage en allant me coucher, je continuerai à faire mon tri sélectif et j'irai voter le 22 avril.
La dernière
A 16h00, je vais allumer une cigarette et ce sera la dernière.
J'espère...
Quelque chose de pourri au royaume d'Angleterre - Robin Cook
Richard Watt, journaliste anglais engagé, s’est exilé dans un village d’Italie pour fuir une Angleterre qui a sombré dans la dictature. En effet, le nouveau premier ministre Jobling se refuse à organiser des élections à expiration de son mandat et réprime férocement toute opposition politique.
La présence de Watt à Roccamarittima ayant été signalée aux autorités anglaises par un couple britannique, le journaliste est extradé vers son pays d’origine, où il tombe entre les griffes de ses ennemis…
Publié en Grande-Bretagne en 1970, ce roman semble avoir été écrit hier, tant ses thèmes sont d’actualité. Salué par la presse britannique comme digne de succéder au 1984 de George Orwell, Quelque chose de pourri est, avec son titre shakespearien, un roman impressionnant, superbement écrit, poignant et visionnaire.
Et dire que je pensais qu'il s'agissait du même Robin Cook que l'auteur américain de ces thrillers médicaux d'une platitude mortifère.
Ce Robin Cook-là est anglais, il est décédé en 1994 et ce livre est tout simplement l'un des plus impressionnants que j'ai lu sur le sujet. C'est d'une force incroyable et après un début un peu long mais indispensable, c'est impossible de le lâcher jusqu'à un dénouement d'une noirceur inouïe.
Un livre important et nécessaire.
Denis Robert écrit à François Hollande
J’ai lu dans le dernier numéro de l’année des Inrocks, que pour vous l’affaire Clearstream se résumait à un informaticien « sans scrupules » qui aurait abusé de la confiance d’un journaliste « sans méfiance » lequel aurait fait tomber dans un piège un juge « sans défense »… Je vous réponds aujourd’hui pour compléter cette réflexion. Point de polémique dans ce courrier simplement la volonté de mieux vous informer. Afin que plus tard, surtout au sein de votre parti, vous ne véhiculiez plus une vision si réductrice de ce qu’est cette affaire. Je la vis de l’intérieur et la simple analyse des faits vous montrera que j’en suis une des victimes. Bien plus que les hommes politiques ou champions de l’armement dont les noms sont souvent cités. Ce qui ne veut pas dire que je ne sois pas combatif, ni soutenu et encore moins « sans méfiance ».
En quelques semaines, plus de 4000 personnes se sont manifestées auprès du comité de défense qui s’est constitué, sans compter l’appui de Reporter sans frontières, du Syndicat National des Journalistes et du conseil d’administration de l’association Attac qui, à l’unanimité de ses membres, vient de voter une motion de « soutien total ». Près de 400 personnes nous ont écrit et ont envoyé des dons qui servent à lutter contre le harcèlement judiciaire dont je suis l’objet. Ce n’est qu’un début. Ce sont généralement des gens qui ont lu mes livres, connaissent mon parcours et sont très informés de la première affaire Clearstream, celle qui compte et qui dénonce le fonctionnement de la multinationale luxembourgeoise. Ils savent aussi mon rôle dans la seconde affaire, celle du corbeau, où les résultats de mon enquête et mes document ont été détournés à des fins au minimum politiciennes. Je ne suis pas un « journaliste sans méfiance » comme vous l’écrivez, et comme s’évertue à le raconter avec une constance touchante le journal « le Monde ». J’étais tellement méfiant à l’égard de l’informaticien Imad Lahoud que je n’ai jamais divulgué ses allégations, cherchant toujours à vérifier le vrai et le faux dans ces courriers anonymes qui ont secoué la tête de l’Etat, des services secrets et des milieux de l’armement pendant de si longs mois. On l’oublie trop souvent aujourd’hui mais il y avait beaucoup de vrai dans la première lettre. J’ai toujours cherché à savoir ce qui se cachait derrière la manipulation. J’y suis presque parvenu. Je suis sans doute un des premiers à l’avoir perçue. Et publiquement déjoué.
Si vous aviez lu mon dernier livre (Clearstream, l’enquête), vous sauriez que c’est grâce à cet ouvrage et au témoignage de Florian Bourges, l’auditeur d’Arthur Andersen que l’instruction des juges est sortie de l’enlisement et que Clearstream a été en partie disculpée. Ça peut sembler paradoxal. Si je m’étais tu, je m’en porterais mieux aujourd’hui. Mais je crois encore à des fadaises comme la vérité, la justice, l’intelligence des lecteurs… Vous auriez également relevé que ce livre, pour d’obscures raisons de censure, a été retiré des librairies pendant près d’un mois en juin dernier. Aucun politique, si rapide à dégainer quand la liberté est menacée ailleurs, n’est intervenu pour trouver cela scandaleux ici. Ça l’était pourtant. Des chefs de rayon sont quand même entrés dans des librairies pour retirer des piles de livres qui venaient d’y entrer.
Je suis également un de ceux qui a le plus protégé le juge Van Ruymbeke, ainsi que mon principal témoin, ma source au sein de Clearstream, Florian Bourges, car je ne souhaitais pas les voir mis en cause dans un règlement de comptes au sommet de l’État. Il n’y avait que des coups à prendre dans cette instrumentalisation de la justice. Et des coups, nous en prenons un peu trop depuis quelques semaines. Nous et personne d’autres.
Cette affaire gigogne est l’accumulation de plusieurs scandales dont ma mise en examen récente n’est pas le plus anodin. Vous auriez écrit un juge « sans méfiance », un journaliste « sans défense », j’aurais à la limite mieux compris. Là, votre jugement lapidaire me laisse perplexe. Je suis mis en examen à la demande pressante de Clearstream. La plainte pour vol et recel déposée par la multinationale a été encouragée par le Parquet Général de Paris. Vous n’êtes pas sans savoir que son représentant est l’ancien conseiller Justice du Président de la République. Le Garde des Sceaux l’a soutenue, comme le Premier Ministre. Vous savez, celui qui fait des pompes quand on l’interroge…
Cette mise en examen permet d’étouffer la première affaire. Celle de la « boîte noire » de la finance qu’est Clearstream, protégée par l’Etat luxembourgeois, dont les clients peuvent dissimuler leurs transactions vers les paradis fiscaux. La dilapidation de nos investissements par les prédateurs de la finance, les évasions de capitaux au profit des tycoons et des champions de la défiscalisation : Voilà un vrai problème ! Un sujet sur lequel j’aimerais vous entendre... Pour plus de détails, demandez à vos collègues Vincent Peillon et Arnaud Montebourg qui ont mené une mission d’information sur ce sujet et ont pu vérifier en tous points que ce que je dénonçais était exact, fondé, étayé… A l’époque, c’était en 2002, leurs pires ennemis étaient au sein de votre parti Messieurs Védrine et Fabius qui, pour des raisons de real politique, étaient venus en aide au Luxembourg, à son premier ministre et à ses banquiers. J’avais alors écrit qu’il existait des socialistes de droite et des socialistes de gauche. Les lignes semblent avoir bougé, le problème reste cruellement posé.
Vous êtes le premier secrétaire d’un parti aux portes du pouvoir qui devrait se soucier davantage de ces questions et de la liberté d’informer. Elle est aujourd’hui, par ma mise en cause, gravement piétinée.Vous devriez réfléchir et faire des propositions pour mieux nous protéger –moi et tous ceux qui cherchons à éclairer le public sur ces affaires… Il est anormal qu’aujourd’hui je sois mis en examen et poursuivi en diffamation dès que je m’exprime. Il est anormal que j’ai à supporter tous ces frais de justice simplement parce que mes adversaires sont riches et la tête de l’Etat déliquescent. Il est anormal que j’ai à vous le dire.
Vous devriez, en vue des élections qui profilent, penser à des lois qui pourraient aider au contrôle de ces outils apatrides comme Clearstream. Ce n’est pas une obsession, c’est une évidence. C’est techniquement possible. J’aimerais vous entendre vous exprimer sur l’assèchement de nos économies grâce à ces autoroutes de la finance où seules les grosses cylindrées peuvent rouler. Le pouvoir et l’influence des banquiers d’affaires est de plus en plus voyant. Ce sont eux, en premier chef, qui ont mis en place et utilisent Clearstream. Qui les contrôle ? Qui va dire « stop » ? Le chantier est vaste. L’invective facile. C’est aussi mon rôle de vous écrire cela aujourd’hui. Je crois encore aux vertus démocratiques et au pouvoir des politiques.
J’avais espéré plus de soutien de votre part. Ma mise en examen pour des motifs aussi futiles visent à faire de moi un paria. Après m’avoir isolé, on cherche à m’abattre comme un lapin. Mais je cours vite, j’ai développé de bonnes capacités de résistance et j’ai de plus en plus d’amis. Il est politiquement invraisemblable que seule l’extrême gauche et des associations citoyennes me soutiennent aujourd’hui.
Si être socialiste c’est être de gauche, et si être de gauche c’est lutter contre les outrances du capitalisme financier, l’affaire Clearstream, la vraie, devrait être pour vous un formidable moyen de toucher ce « peuple » de gauche qui semble vous fuir depuis tant d’années.
Je me tiens à votre disposition pour vous en parler et vous expliquer. Cette affaire est loin d’être finie et j’aimerais vraiment vous aider à mieux la comprendre. Ne voyez aucune malice, ni aucun piège à ce courrier. Je vous souhaite de bonnes fêtes et une très heureuse année 2007. Si elle est bonne pour vous, elle le sera sans doute aussi un peu pour moi.
Bien à vous
Denis Robert
le 6 janvier 2007
Pour en savoir plus sur Denis Robert et ses combats, vous trouverez ici la page Wikipédia qui lui est consacrée. Les liens vers son blog et les comités de soutien y sont.
Un coffret DVD réunissant 4 de ses films est disponible depuis peu. Et comme c'est le seul moyen de les voir, foncez l'acheter !
Johnny
Je comprends que Johnny, soucieux de préserver ses revenus, ait choisi de s'installer en Suisse. Il nous faut au plus vite consentir à des efforts fiscaux pour que notre idole nous revienne au plus vite. Il importe simplement que Johnny nous précise quels école, hôpital, commissariat, centre de recherche ou bureau de poste nous devrons fermer pour qu'il ajoute une ou deux unités à sa collection de Harley.
Nathalie Cornu (courrier des lecteurs de Télérama n° 2973, janvier 2007)
Bande-annonce Shining
Une fausse bande-annonce de Shining de Stanley Kubrick, remontée de façon à en faire une comédie familiale. La voix off est bidon mais toutes les images et dialogues sont réels.
C'est franchement impressionnant
Bonne année mon cul !
Un titre pareil dans la rubrique "Poésie et citations", c'est gonflé non ? Grossier ? Vulgaire ?
Lisez-moi plutôt ça :
(...) Janvier est de très loin le plus saumâtre, le plus grumeleux, le moins pétillant de l'année.
Les plus sous-doués d'entre vous auront remarqué que janvier débute le premier. Je veux dire que ce n'est pas moi qui ai commencé.
Et qu'est-ce que le premier janvier, sinon le jour honni entre tous où des brassées d'imbéciles joviaux se jettent sur leur téléphone pour vous rappeler l'inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père-Lachaise...
Dieu Merci, cet hiver, afin de m'épargner au maximum les assauts grotesques de ces enthousiasmes hypocrites, j'ai modifié légèrement le message de mon répondeur téléphonique. Au lieu de «Bonjour à tous», j'ai mis «Bonne année mon cul». C'est net, c'est sobre, et ça vole suffisamment bas pour que les grossiers trouvent ça vulgaire.(...)
Pierre Desproges in Chroniques de la haine ordinaire (Le Seuil, 1987)






