Polar
Polar signifie roman noir violent. Tandis que le roman policier à énigme de l'école anglaise voit le mal dans la nature humaine mauvaise, le polar voit le mal dans l'organisation sociale transitoire. Le polar cause d'un monde déséquilibré, donc labile, appelé à tomber et à passer. Le polar est la littérature de la crise. Pas étonnant qu'il reprenne vie ces temps derniers.
Jean-Patrick Manchette, 1979
Le parfum d'Adam - Jean-Christophe Rufin
Juliette est une jeune militante écologiste, fragile et idéaliste.
Elle participe à une opération commando pour libérer des animaux de laboratoire. Cette action apparemment innocente va l'entraîner au cœur d'un complot sans précédent qui, au nom de la planète, prend ni plus ni moins pour cible l'espèce humaine.
L'agence de renseignements privée " Providence ", aux Etats-Unis, est chargée de l'affaire. Elle recrute deux anciens agents, Paul et Kerry, qui ont quitté les services secrets pour reprendre des études, l'un de médecine, et l'autre de psychologie.
Leur enquête va les plonger dans l'univers terrifiant de l'écologie radicale et de ceux qui la manipulent. Car la défense de l'environnement n'a pas partout le visage sympathique qu'on lui connaît chez nous.
La recherche d'un Paradis perdu, la nostalgie d'un temps où l'homme était en harmonie avec la nature peuvent conduire au fanatisme le plus meurtrier.
Ce roman est incontestablement l'événement littéraire de ce début d'année. En effet, Rufin est partout, son livre caracole en tête des ventes, le sujet est on ne peut plus d'actualité, bref, il a tapé dans le mille.
Je connaissais cet auteur de réputation (Goncourt 2001 quand même, même si ça ne veut pas dire grand chose) mais j'ignorais totalement son passé dans l'humanitaire. En amateur de thrillers et de conspirations en tous genres, je me devais de me plonger dans ce pavé. Et je ne suis pas déçu du voyage.
Ultra documenté, descriptif sans jamais être chiant, le côté "réaliste" est impressionnant et vraiment effrayant. Le côté thriller d'espionnage est très efficace même s'il n'évite pas certains clichés et passages obligés. Mais s'ils sont obligés, il faut bien y passer, non ? Les personnages sont quant à eux attachants et suffisament complexes pour qu'on espère les retrouver, si les conditions sont réunies...
Bref, c'est le bouquin idéal pour se distraire intelligement, un vrai plaisir. Un (tout) petit bémol sur le dénouement, bien trop rapide à mon goût, comme souvent dans ce genre d'ouvrage.
Don't follow leaders, watch the parkin' meters
Je refeuilletais ce matin le petit livre que Silvain Vanot a consacré à Bob Dylan. Très bien fichu, un excellent résumé de cette irrésumable carrière. Et j'aime particulièrement l'introduction. Tellement que je me permets de le recopier ici.
C'était en rentrant du Zénith après un concert du vieux Bob. Sur la banquette d'à-côté, un jeune type lançait à la cantonnade des exclamations du style : "Et la voix ! Quelle voix ! Et l'harmonica !... Il peut tout faire ! Il est trop bon".
J'ai tout de suite pensé que ce n'était pas un fan, pas un vrai. Un vrai fan aurait commencé par dire : "Il a bien chanté ce soir !". Avant d'ajouter : "Il ne s'est même pas trompé d'harmonica". Pour conclure, il aurait tapé sur l'épaule d'un ami en lui disant doucement : "Et en plus, on a eu Love minus zero/No limit". Voilà ce qu'il aurait dit. J'en connais qui vont aux quatre coins de la France, ou de l'Europe, pour suivre le vieux Bob et qui parlent comme ça.
On nous a appris à ne pas suivre les meneurs et à regarder les parcmètres. Tout vrai fan a le souvenir d'un concert de Dylan pendant lequel il s'est dit : "J'aurais mieux fait de rester chez moi avec mes parcmètres.". Pensez à Bercy en 1987... Et pourtant on y retourne. Même à un prix prohibitif. Même dans un hangar à viande humaine. Même avec la sono de Tiberi ou Madelin... Pourquoi ?...
Parce qu'il a écrit "Desolation row", "Dirge" ou "Lovesick". Parce que, quand ça le prend, il peut jouer un solo à trois temps pendant que le groupe joue binaire et retomber sur ses pieds. Parce qu'il n'essaie pas de faire croire qu'il a trente ans. Parce que chaque soir, il change entre 50 et 75 % du répertoire. Parce que jamais on ne l'a entendu demander : "Alors Paris, comment ça va ce soir ?".
Je connais des gens très bien qui n'ont jamais vu Bob Dylan sur scène. Certains soirs comme le 30 juin 1998 ou le 3 octobre 2000, je suis triste pour eux. Vraiment.
Le Vampire de Ropraz - Jacques Chessex
Je suis encore soufflé par la lecture terminée hier soir de ce court roman de l'auteur suisse Jacques Chessex. Je connaissais cet écrivain de réputation mais c'est la première fois que je le lis. Et certainement pas la dernière.
Comme je ne suis pas doué par décrypter une oeuvre qui m'a touché, je vous laisse vous faire une idée grâce à cette critique du Nouvel Obs :
Comme tous les romanciers, Jacques Chessex est un vampire qui cherche la compagnie de ses semblables. De son bureau, il passe directement au cimetière, lequel est bordé par le bois du Paradis. C'est à Ropraz, faubourg de Payerne, dans les jardins résineux du Haut-Jorat.
L'écrivain flaubertien n'a eu aucune difficulté à faire construire, il y a trente ans, une maison avec vue sur le séjour des morts. Personne, dans ce hameau calviniste où la superstition s'ajoute à la suspicion, ne lui disputait ce terrain pentu qui jouxte un ossuaire et fut le théâtre, il y a près d'un siècle, d'une abominable profanation.
Le 19 février 1903, à Ropraz, on enterre Rosa Gilliéron, une jeune femme de 20 ans, fille du juge de paix, foudroyée par une méningite. Les villageois pleurent, les loups gémissent. Deux jours plus tard, deux bûcherons découvrent un spectacle d'horreur : la fosse de Rosa a été ouverte, son cadavre violé et atrocement mutilé. La main gauche est sectionnée et le ventre ouvert. Découpés, les seins et le sexe ont été mâchés et recrachés. Le coeur, lui, a disparu. La neige rend plus sanglante encore la boucherie.
Du jour au lendemain, le hameau de Ropraz fait la une des journaux du monde entier et son vampire est élevé à la hauteur du comte Dracula. Dans le canton, la panique et l'effroi montent d'un cran lorsque le dément s'attaque, les mois suivants, à deux autres jolies mortes, Nadine Jordan à Carrouge et Justine Beaupierre à Ferlens. La première est scalpée, la seconde égorgée. Là encore, les seins et le sexe ont été en partie mangés.
Très vite, le coupable est trouvé. Il s'agit de Charles-Augustin Favez, un garçon de ferme de 21 ans, doté d'un énorme pénis et de dents anormalement longues, alcoolique et zoophile, surpris en train de copuler avec les vaches et les génisses. Né dans un milieu défavorisé, il avait été confié, à 3 ans, à un couple qui abusa de lui et le tortura. Profil parfait de la victime devenue bourreau. Jugé le 21 décembre 1903 au tribunal d'Oron, il est condamné à la réclusion à vie mais s'échappe en février 1915. Tout porte à croire qu'il a gagné la France. Le romancier Chessex prétend qu'il se serait alors engagé dans la Légion étrangère, aurait rejoint le régiment de Blaise Cendrars et été tué dans l'autre boucherie, celle de la Grande Guerre. Qui dit que le vampire de Ropraz, ce soldat inconnu, ne repose pas aujourd'hui sous l'arc de Triomphe ?
D'un fait divers authentique et parfois insoutenable, l'auteur de « l'Ogre » a tiré un livre bref, osseux, aussi coupant qu'un couteau d'équarrisseur, aussi pur qu'un diamant de miroitier. Au-delà du cas Favez, dont la taphophilie dépasse de loin la simple pathologie, Chessex excelle une fois encore à décrire son pays opaque et noir, à entrer dans les fermes où l'on fornique et se pend beaucoup, à ouvrir les plaies cantonales de l'alcoolisme et de l'inceste, à lever des secrets honteux, à répandre les traces obscures de «la crasse primitive». Favez le fascine, le Haut-Jorat l'inspire, âmes sensibles, passez votre chemin. Les autres tiennent entre leurs mains tremblantes un grand petit livre.
Quelque chose de pourri au royaume d'Angleterre - Robin Cook
Richard Watt, journaliste anglais engagé, s’est exilé dans un village d’Italie pour fuir une Angleterre qui a sombré dans la dictature. En effet, le nouveau premier ministre Jobling se refuse à organiser des élections à expiration de son mandat et réprime férocement toute opposition politique.
La présence de Watt à Roccamarittima ayant été signalée aux autorités anglaises par un couple britannique, le journaliste est extradé vers son pays d’origine, où il tombe entre les griffes de ses ennemis…
Publié en Grande-Bretagne en 1970, ce roman semble avoir été écrit hier, tant ses thèmes sont d’actualité. Salué par la presse britannique comme digne de succéder au 1984 de George Orwell, Quelque chose de pourri est, avec son titre shakespearien, un roman impressionnant, superbement écrit, poignant et visionnaire.
Et dire que je pensais qu'il s'agissait du même Robin Cook que l'auteur américain de ces thrillers médicaux d'une platitude mortifère.
Ce Robin Cook-là est anglais, il est décédé en 1994 et ce livre est tout simplement l'un des plus impressionnants que j'ai lu sur le sujet. C'est d'une force incroyable et après un début un peu long mais indispensable, c'est impossible de le lâcher jusqu'à un dénouement d'une noirceur inouïe.
Un livre important et nécessaire.
Esperluette 2006
En 2005, le Salon du livre de Cluses se rebaptisait Esperluette…
Signe typographique représentant le mot " et " (&), l'esperluette symbolise le trait d'union, le lien fort que le salon entend être entre les livres, les auteurs et les lecteurs.
S'adressant au plus grand nombre, Esperluette cherche à valoriser le livre sous toutes ses formes (romans, BD, littérature jeunesse…). De nombreux auteurs et illustrateurs de grande qualité passent chaque année par le salon, pour échanger avec le public lors des rencontres et débats, moments forts du salon. Rencontres sur le salon lui-même mais aussi en milieu scolaire, dans les bibliothèques des communes voisines etc.
Grâce à ces rencontres, aux stands des libraires et éditeurs mais aussi à travers de nombreuses animations (ateliers, expositions, jeux…) Esperluette propose une approche du livre toujours plus conviviale.
Le salon du livre de Cluses (74 - France, à une petite demi-heure de Genève) semble bien sympathique. Le thème de cette année, c'est la musique.
En plus de la partie littéraire, il y aura aussi de quoi se remplir les oreilles (conférence musicale autour du blues, cantate d'après des textes de Boris Vian, lecture-concert d'Elliott Murphy).
Les amateurs de bulles seront également gâtés avec la présence du papa de Lucien, le toujours rock Frank Margerin et de Charles Berbérian (Monsieur Jean, ça ne vous dit rien ?) qui assurera également la première partie du concert de Murphy.
Ajoutons à ça la remise du prix du livre du magazine Crossroads et terminons en précisant que l'entrée est gratuite pour tous les événements.
Amoureux de littérature, de musique et de tartiflette, le dernier week end de novembre, c'est au pied du Mont-Blanc qu'il faudra être.







